Pour la première fois depuis 2013, le réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA) enregistre un recul des effectifs d’apprentissage dans l’artisanat. Selon les chiffres communiqués début septembre par CMA France, les centres de formation d’apprentis (CFA) du réseau, qui accueillent chaque année environ 110 000 jeunes du secteur de l’artisanat, voient leurs effectifs chuter de 6 % à la rentrée 2026. Un signal inquiétant pour un secteur qui avait fait de la transmission des savoir-faire son principal argument face à la pénurie de main-d’œuvre.
Un recul inédit après treize ans de croissance continue
Depuis 2013, le nombre d’apprentis formés dans les métiers de l’artisanat n’avait cessé de progresser. La tendance s’inverse brutalement cette année : au niveau national, 1 020 373 apprentis étaient recensés dans l’ensemble des CFA au 31 décembre 2025, soit un repli de 2,8 % par rapport à 2024. Dans le réseau des CMA, la baisse est deux fois plus marquée, preuve que l’artisanat encaisse le choc plus durement que d’autres filières de l’alternance.
Des aides revues à la baisse, un coût d'embauche alourdi
Plusieurs décisions budgétaires expliquent ce décrochage. La révision des niveaux de prise en charge des formations, entrée en vigueur en septembre 2025, a réduit en moyenne de 8 % les moyens de fonctionnement des CFA, soit une perte estimée à 30 millions d’euros sur la seule année 2025. Dans le même temps, la prime à l'embauche d’un apprenti a été rabotée de 500 à 1 500 euros selon la taille de l’entreprise, après une première coupe de 1 000 euros déjà actée en 2025. Pour l’État, ces ajustements doivent générer 200 millions d’euros d’économies en 2026, puis 700 millions en 2027. Pour les artisans, souvent de très petites structures à la trésorerie tendue, accueillir un jeune coûte désormais plus cher, comme le rappelle notre article sur la prolongation de l’aide à l'embauche d’apprentis face à la pénurie de main-d’œuvre.
Un moral des artisans au plus bas
Ce recul de l’apprentissage s’ajoute à un contexte déjà morose. Une enquête de conjoncture relayée par CMA France début septembre montre que seuls 31 % des artisans se disent optimistes pour 2026, contre 52 % un an plus tôt, soit une chute de 21 points. La confiance dans l’atteinte des objectifs financiers recule elle aussi fortement, de 82 % à 55 %. Conséquence directe : 74 % des artisans interrogés n’envisagent aucun recrutement, apprentis compris, et seuls 29 % comptent investir. Cette fragilité financière touche une part croissante des entreprises du secteur, un phénomène déjà documenté dans notre enquête sur la fragilité financière qui gagne l’artisanat.
Des écarts de financement qui interrogent
CMA France pointe aussi de fortes disparités selon les métiers : certaines formations aux métiers d’art bénéficient d’une prise en charge de 9 300 à 11 000 euros par apprenti, contre moins de 7 000 euros pour des métiers pourtant en tension comme coiffeur, pâtissier ou mécanicien. Joël Fourny, président de CMA France, réclame « davantage de visibilité, de stabilité et de confiance » de la part des pouvoirs publics. De son côté, le Meti (mouvement des entreprises de taille intermédiaire) met en garde : « Moins de jeunes en apprentissage, cela signifie immanquablement une hausse du chômage des jeunes, plus de dépenses sociales. » Un constat qui fait écho aux difficultés déjà relevées dans notre article sur le resserrement des critères de financement de la formation professionnelle par France Travail.
Quelles conséquences pour les artisans et les futurs apprentis
À court terme, la baisse des effectifs menace la relève dans des métiers déjà en tension, alors même que les besoins de main-d’œuvre qualifiée restent élevés dans le bâtiment, l’alimentation ou les services de proximité. Les chambres de métiers appellent les branches professionnelles de la formation et de l'emploi à revoir les grilles de financement et à sécuriser les aides pour les très petites entreprises, seules à même d’absorber le coût d’un contrat d’apprentissage sans mettre en péril un équilibre financier déjà fragilisé par ailleurs par les obligations administratives comme celles décrites dans notre article sur le calendrier de la facturation électronique pour les artisans.
Questions fréquentes
Pourquoi les effectifs d’apprentis reculent-ils dans l’artisanat en 2026 ?
La baisse s’explique principalement par la révision des niveaux de prise en charge des formations depuis septembre 2025 et par la réduction de la prime à l'embauche d’un apprenti, qui alourdissent le coût supporté par les entreprises artisanales.
De combien les effectifs ont-ils baissé ?
Le réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat enregistre un recul de 6 % de ses apprentis, la première baisse depuis 2013, alors que le nombre total d’apprentis en France diminue de 2,8 % sur la même période.
Quelles catégories de métiers sont les plus touchées ?
Les métiers déjà en tension comme la coiffure, la pâtisserie ou la mécanique bénéficient d’une prise en charge financière inférieure à celle des métiers d’art, ce qui accentue les difficultés de recrutement d’apprentis dans ces filières.
Sources
- TPE Actu – Le moral des artisans chute en 2026 (CMA France)
- Le Journal des Entreprises – La baisse des aides à l’apprentissage inquiète
- CMA Nouvelle-Aquitaine – Apprentissage dans l’artisanat, la fin d’un modèle gagnant
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale